À propos d’humanistes.org

Ce qui se déroule sous vos yeux

Il y a des sites que l’on consulte et des sites que l’on habite.

humanistes.org a été pensé pour appartenir à la seconde catégorie. Non pas un répertoire d’informations à picorer, non pas une encyclopédie froide que l’on traverse sans jamais s’arrêter, mais un espace vivant où l’on revient, où l’on s’attarde, où l’on repart avec quelque chose qu’on n’avait pas en arrivant. Une idée nouvelle, une question qui dérange doucement, le nom d’un penseur qu’on ne connaissait pas encore, ou simplement ce sentiment réconfortant que l’humanité, malgré tout, a toujours su produire des êtres qui refusent de désespérer d’elle.

Ce site est une encyclopédie, oui. Mais une encyclopédie qui se lit, pas seulement qu’on consulte. Une encyclopédie qui ose avoir une voix, une couleur, un point de vue. Une encyclopédie qui croit que la rigueur intellectuelle et le plaisir de lire ne sont pas ennemis, qu’on peut être exigeant sans être aride, profond sans être obscur, sérieux sans être solennel.

Son sujet : l’humanisme. Vingt-cinq siècles de pensée, de luttes, de textes, de vies consacrées à une même conviction fondamentale que l’être humain mérite d’être pris au sérieux, dans sa dignité comme dans ses contradictions, dans sa grandeur comme dans sa misère.

Son ambition : devenir le lieu de référence francophone sur l’humanisme. Pas le plus volumineux. Le plus juste, le plus vivant, le plus utile.


Pourquoi ce site, pourquoi maintenant

L’humanisme a mauvaise presse dans certains milieux intellectuels. On lui reproche sa naïveté, son anthropocentrisme, sa complicité avec une certaine idée du progrès qui aurait engendré autant de catastrophes que de bienfaits. Ces reproches ne sont pas entièrement infondés, et ce site ne prétend pas les ignorer. Il s’y confrontera, texte après texte, avec honnêteté.

Mais quelque chose d’autre nous a conduits à lancer humanistes.org, quelque chose qui ressemble davantage à une urgence qu’à un programme académique.

Nous traversons une époque troublée. Non pas la plus terrible de l’histoire humaine, loin de là, mais une époque qui souffre d’une désorientation particulière. Les vieux repères politiques s’effacent. La confiance dans les institutions s’érode. Les algorithmes fragmentent nos perceptions du réel en bulles étanches où les mêmes convictions se répercutent à l’infini sans jamais rencontrer d’altérité. La violence du monde s’invite à toute heure sur nos écrans, brute, décontextualisée, sans mémoire et sans lendemain. Et dans ce brouillard, une question revient, lancinante : à quoi tenons-nous vraiment ? Qu’est-ce qui, sous les opinions changeantes et les appartenances fluctuantes, constitue un socle commun, un lieu où des êtres très différents pourraient encore se reconnaître ?

L’humanisme est une réponse à cette question. Pas la seule. Pas une réponse parfaite. Mais une réponse qui a le mérite de l’ancienneté et de l’épreuve. Elle a résisté aux guerres de religion, aux révolutions, aux totalitarismes, aux désillusions du XXe siècle. Elle a été reformulée, critiquée, enrichie, parfois trahie, toujours ressuscitée. Et chaque fois qu’elle a été ressuscitée, c’est parce que des hommes et des femmes ont refusé de renoncer à l’essentiel.

Il nous a semblé que le moment était venu de lui consacrer un espace à la hauteur de ce qu’elle représente.


Ce que l’humanisme n’est pas, et ce que ce site ne sera pas

Avant de dire ce que nous voulons faire, il vaut la peine de dire ce que nous ne voulons pas faire.

humanistes.org n’est pas un site partisan. L’humanisme a nourri des penseurs de gauche et des penseurs de droite, des chrétiens et des athées, des révolutionnaires et des réformateurs. Il ne se laisse pas enfermer dans une case politique, et ce site non plus. Vous y trouverez des penseurs avec lesquels vous serez en désaccord profond. C’est voulu. La confrontation des idées est une vertu humaniste.

Ce site n’est pas non plus un musée de la nostalgie. Certains évoquent l’humanisme comme si sa vraie vie s’était éteinte quelque part au XVIe siècle avec Érasme et Montaigne, et comme si tout ce qui a suivi n’était que déclin. Cette posture nous ennuie profondément. L’humanisme est vivant. Il se pose aujourd’hui des questions qu’Érasme n’avait pas imaginées, sur l’intelligence artificielle, sur la biosphère, sur les droits des non-humains, sur les identités multiples. Ces questions méritent une réponse humaniste contemporaine, pas une nostalgie élégante.

humanistes.org n’est pas davantage un site de vulgarisation condescendante. Nous ne simplifions pas les idées pour les rendre accessibles. Nous les rendons accessibles en les expliquant avec soin, avec des exemples, avec du souffle narratif. Ce n’est pas la même chose. Une idée complexe bien expliquée reste une idée complexe : elle exige un effort du lecteur. Nous faisons confiance à ce lecteur pour consentir à cet effort.

Enfin, ce site n’est pas un monument à la gloire de l’Occident. L’humanisme a des racines profondes en Europe, c’est un fait historique. Mais il a aussi des ramifications en Asie, dans le monde arabe, en Afrique, dans les civilisations précolumbiennes. Et l’histoire de l’humanisme occidental inclut ses trahisons les plus criantes : l’esclavage défendu par des hommes qui proclamaient l’égalité des hommes, le colonialisme justifié par des penseurs qui se réclamaient de la civilisation. Nous raconterons ces contradictions sans les éluder, parce qu’un humanisme honnête commence par l’honnêteté sur lui-même.


Un voyage à travers les âges

Ce que vous propose humanistes.org, c’est d’abord un voyage.

Un voyage qui commence là où tout commence, dans la Grèce du Ve siècle avant notre ère, sur les places publiques d’Athènes où des hommes débattaient de la meilleure façon de vivre ensemble. Socrate posait des questions auxquelles il refusait de répondre trop vite. Protagoras affirmait que l’homme est la mesure de toutes choses. Aristote cherchait dans la nature elle-même les raisons d’espérer. Ce sont ces voix que nous irons chercher en premier, avec l’étonnement de qui découvre que certaines questions n’ont pas vieilli d’un jour.

De là, le voyage nous emmènera à Rome, dans les lettres de Cicéron et les Méditations de Marc Aurèle, cet empereur philosophe qui s’efforçait chaque matin de se souvenir que les hommes qu’il gouvernait étaient ses frères. Puis dans le monde arabe médiéval, où des penseurs comme Averroès préservaient et enrichissaient l’héritage grec pendant que l’Europe féodale en avait momentanément perdu le fil. Puis dans les monastères et les universités du Moyen Âge chrétien, où d’autres esprits tentaient de réconcilier foi et raison, révélation et philosophie.

Et puis vient la Renaissance, ce moment fulgurant où l’Occident redécouvre les anciens avec des yeux neufs et décide que l’être humain mérite d’être au centre du tableau. Pétrarque fouillant les bibliothèques pour y retrouver des manuscrits oubliés. Pic de la Mirandole proclamant à vingt-trois ans que l’homme n’a pas de nature fixe, qu’il est sa propre sculpture, qu’il peut s’élever jusqu’à l’angélique ou descendre jusqu’au végétatif. Érasme riant des papes et des théologiens avec une liberté que peu de ses contemporains osaient se permettre. Rabelais célébrant le corps, le vin, le rire et la connaissance dans un même souffle pantagruélique. Montaigne, enfin, grand ancêtre de tous ceux qui pensent en écrivant, qui invente l’essai comme on invente une manière de vivre en s’observant soi-même avec une franchise désarmante, pour découvrir que l’universel loge dans l’intime.

Les Lumières viennent ensuite, avec leur foi ardente dans la raison, leur combat contre le fanatisme, leur conviction que l’éducation peut transformer le monde. Voltaire furieux. Diderot curieux de tout. Rousseau, génial et insupportable, qui pressentait ce que les autres refusaient de voir. Kant, enfin, qui donnait à l’humanisme ses fondements philosophiques les plus solides avec cette formule devenue pierre angulaire de toute éthique moderne : traite l’humanité, en ta personne et en celle de tout autre, toujours comme une fin, jamais seulement comme un moyen.

Puis le XIXe siècle, siècle de toutes les espérances et de tous les désenchantements. Hugo plaçant le peuple au centre de l’histoire et de la littérature. Mill défendant la liberté individuelle avec une logique implacable. Marx posant des questions sur la justice économique auxquelles l’humanisme libéral n’avait pas su répondre. Nietzsche déchirant le tissu des certitudes humanistes et forçant à regarder ce qu’il y avait dessous.

Et puis le XXe siècle, siècle des catastrophes et des renaissances. La Shoah, Hiroshima, le Goulag. Et en même temps la Déclaration universelle des droits de l’homme, Camus inventant un humanisme de l’absurde, Simone de Beauvoir élargissant l’humanisme à celles qu’il avait longtemps exclues, Senghor réconciliant négritude et humanisme universel, Mandela transformant la prison en école de dignité.

Et aujourd’hui. Nous, ici, maintenant, avec nos angoisses climatiques et notre fatigue de la politique, notre soif mal nommée de quelque chose qui ressemblerait à du sens.

Tout ce voyage, humanistes.org veut l’être. Pas un résumé de ce voyage. Le voyage lui-même, époque après époque, penseur après penseur, avec la conviction que parcourir cette histoire, c’est aussi se parcourir soi-même.


Ce que vous trouverez ici

Des portraits, d’abord. Des portraits de femmes et d’hommes qui ont pensé, agi, écrit, souffert, espéré. Des portraits qui restituent non seulement les idées mais les vies, parce que l’humanisme a toujours cru que les idées ne flottent pas dans le vide, qu’elles naissent dans des corps, des histoires, des contextes. Lire Montaigne sans savoir ce que c’est que de vivre la guerre civile, lire Camus sans sentir la chaleur d’Alger et le froid de Paris, c’est lire à moitié.

Des analyses de textes, ensuite. Pas des résumés. Des analyses. Des tentatives d’entrer dans un texte comme on entre dans une maison inconnue, en prenant le temps de regarder les murs, de s’asseoir sur les chaises, de comprendre la logique des pièces. Certains de ces textes sont des monuments de la pensée. D’autres sont des œuvres plus discrètes, moins célèbres, que nous voulons tirer de l’ombre parce qu’elles méritent de l’être.

Des enquêtes historiques, également. L’humanisme ne s’est pas développé dans le vide. Il s’est construit en dialogue avec les pouvoirs politiques et religieux, parfois en complicité, souvent en résistance. Comprendre comment les humanistes de la Renaissance ont négocié leur liberté de penser avec l’Église catholique, comment les philosophes des Lumières ont contourné la censure, comment les humanistes du XXe siècle ont répondu aux totalitarismes, c’est comprendre quelque chose d’essentiel sur la fragilité et la résistance des idées.

Des débats, aussi. Des débats sur des questions qui divisent encore aujourd’hui. L’humanisme est-il compatible avec la religion ? Peut-on être humaniste et croire que certaines cultures sont supérieures à d’autres ? L’humanisme peut-il survivre à la remise en cause de l’anthropocentrisme par l’écologie et les droits des animaux ? Ces questions n’ont pas de réponses simples. Nous ne prétendrons pas en avoir. Mais nous les poserons avec le soin qu’elles méritent.

Et puis, transversalement, quelque chose de plus difficile à nommer. Un ton, une manière d’habiter les idées. Une conviction que la philosophie n’est pas une discipline réservée aux professeurs, que la beauté du langage n’est pas l’ennemie de la précision, que s’interroger sur la dignité humaine est une activité aussi naturelle que de regarder le ciel ou d’écouter de la musique.


La voix du site

Écrire sur l’humanisme impose une responsabilité particulière de cohérence. On ne peut pas défendre la dignité de l’être humain dans ses contenus et mépriser son lecteur dans sa forme. On ne peut pas célébrer la beauté du langage et rédiger dans un français fonctionnel et indolore.

humanistes.org s’est donc donné des exigences stylistiques qui ne sont pas des coquetteries mais des positions éthiques.

Chaque article est écrit pour être lu, pas seulement pour être consulté. Cela signifie qu’il a un début, un milieu, une fin. Qu’il prend le temps d’une image, d’une anecdote, d’un détour. Qu’il ne va pas droit au but comme une fiche technique, mais qu’il chemine, comme une pensée qui se déploie. La profondeur n’est jamais sacrifiée à la lisibilité. Mais la lisibilité n’est jamais sacrifiée à l’étalage d’érudition.

Nous écrivons à la première personne du pluriel, parfois. Non par convention, mais parce que ce site est le fruit d’une conviction partagée, d’une vision collective de ce que la pensée humaniste peut encore apporter à notre époque. Ce nous n’est pas le nous de la modestie institutionnelle. C’est le nous de ceux qui pensent que la réflexion sur l’humain ne peut pas être une entreprise solitaire.

Mais nous écrivons aussi, souvent, pour nous adresser directement à vous. Parce que vous êtes au cœur de ce projet. Parce que humanistes.org n’a de sens que si quelqu’un, quelque part, lit ces textes et se dit que oui, cela valait la peine de s’arrêter, cela valait la peine de penser.


Ce que nous croyons, au fond

Nous croyons que les idées changent le monde. Pas seules, pas directement, pas sans le secours des volontés et des institutions. Mais les idées changent d’abord les individus, et les individus changent les choses qui les entourent.

Nous croyons que la pensée humaniste a quelque chose d’irremplaçable à offrir à notre époque. Une façon de tenir ensemble des valeurs qui semblent aujourd’hui se défaire, la liberté et la solidarité, la raison et l’émotion, l’universel et le particulier, le passé et l’avenir.

Nous croyons que la beauté compte. Que la façon dont on dit les choses fait partie des choses que l’on dit. Que Montaigne n’est pas seulement un philosophe à lire pour ses idées, mais un écrivain à lire pour sa musique, sa drôlerie, sa manière de faire tenir ensemble l’intime et le cosmique dans une même phrase.

Nous croyons, enfin, que la transmission est un acte d’amour. Transmettre l’héritage humaniste, ce n’est pas l’embaumer. C’est le remettre en vie, le faire parler à nos contemporains, lui faire dire des choses qu’il n’avait peut-être pas encore dites. C’est croire que les morts ont encore quelque chose à nous apprendre, et que nous avons quelque chose à leur apporter en retour : notre présent, nos questions, notre façon neuve d’être au monde.

humanistes.org est né de cette croyance-là.


Pour finir, un mot sur vous

Vous qui lisez ces lignes, vous avez déjà fait le premier pas.

Vous êtes peut-être étudiant, curieux de comprendre d’où viennent les idées qui structurent le monde dans lequel vous vivez. Vous êtes peut-être enseignant, cherchant des ressources pour transmettre autrement. Vous êtes peut-être lecteur de longue date, qui a traversé Montaigne et Érasme et veut aller plus loin, plus profond, dans des directions encore inexplorées. Vous êtes peut-être quelqu’un qui n’a jamais ouvert un texte philosophique de sa vie, mais qui a senti, en arrivant ici, que quelque chose lui était destiné.

Peu importe d’où vous venez. Ce site est fait pour vous.

Il est fait pour quiconque croit, ou voudrait croire, ou essaie encore de croire, que l’aventure humaine mérite d’être racontée et pensée avec tout le soin, toute l’exigence, toute la tendresse qu’elle requiert.

Il est fait pour quiconque sait, ou pressent, que comprendre l’humanisme, c’est aussi comprendre quelque chose de fondamental sur ce que signifie être vivant, être conscient, être responsable d’un monde que l’on n’a pas choisi mais que l’on peut, un peu, façonner.

Bienvenue, donc.

Bienvenue dans ce long voyage à travers les âges, les langues, les cultures, les certitudes et les doutes de ceux qui nous ont précédés. Bienvenue dans cette conversation qui dure depuis des millénaires et qui, tant que des êtres humains seront là pour la poursuivre, ne s’arrêtera jamais.

La page que vous lisez en ce moment n’est pas une introduction. C’est déjà le voyage.


humanistes.org — Parce que la pensée humaniste est vivante, et qu’elle a besoin de nous autant que nous avons besoin d’elle.